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Et j'entends siffler le train...Jacques Lantier (Jean Gabin), héritier d'une ancienne lignée de pochtrons, est mécano sur la Lison, imposante locomotive à vapeur qu'il bichonne comme une amoureuse. En perpétuelle lutte contre des pulsions violentes que seule la Lison semble pouvoir apaiser, il manque d'occire sa cousine Flore. Puis, il va faire la connaissance de Séverine Roubaud (Simone Simon), la femme du sous-chef de gare au Havre. Ils vont devenir amants, mais la bête qui sommeille en lui finira par reprendre le dessus... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour se plonger dans l'univers ferroviaire, plein de bruit et de fureur, de fumée et de saleté...d'ailleurs, lorsqu'on conduit un monstre comme la Lison, le fracas est tel qu'on ne se parle pas. Quelques gestes, des sifflements pour s'interpeller... et puis, même une fois descendu du poste de conduite, on cause la plupart du temps boulot... Pour Jean Gabin, cheminot à la fois touchant et si inquiétant, victime de ses pulsions meurtrières. Héros justicier, il est rongé par la culpabilité, qui se lit dans son regard tellement tragique et désespéré.  Pour tous ces personnages, seuls, fragiles, englués dans leur histoire, broyés par leur destin. Roubaud, sous-chef de gare jaloux et frustré, Séverine, sa femme, qui s'ennuie à mourir dans le petit appartement avec vue sur les voies ferrées, et tous les autres... La dure réalité de leur vie trop simple les rattrape au galop et tout ça finit en tragédie, à laquelle assiste, impuissant Pécqueux, l'ami fidèle et ironique. Pour la beauté des contrastes, de la photo, de la lumière sur les visages (notamment celui de Jean Gabin et de Simone Simon, inquiétante en femme-enfant aguicheuse et désoeuvrée), qui donnent une dimension supplémentaire à ce très beau poème ferroviaire. AnecdotesC'est Jean Gabin, superstar de l'époque, qui demanda à être dirigé par Jean Renoir. La Bête humaine a reçu, ex-aequo avec Le quai des Brumes, le Prix Méliès 1938. Pour préparer le tournage, Renoir et Gabin se sont immergés dans le monde des chemins de fer. Le film est réalisé en décors naturels, et les scènes de locomotive ont été tournées en situation. Une petite citation, pour le plaisirJacques Lantier : on va quand même pas tuer ce type !Fiche techniqueLa bête humaine 1938 Réalisation : Jean Renoir Distribution Jean Gabin : Jacques Lantier Simone Simon : Séverine Roubaud Fernand Ledoux : Roubaud Blanchette Brunoy : Flore Gérard Landry : Le fils Dauvergne Jenny Hélia : Philomène Colette Régis : Victoire Pecqueux Claire Gérard : Une voyageuse Charlotte Clasis : Tante Phasie Jacques Berlioz : Grandmorin Tony Corteggiani : Dabadie André Tavernier : Le juge d'instruction Henry Roussel : Le commissaire Cauche Marcel Pérès : Un lampiste Jean Renoir : Cabuche Julien Carette : Pecqueux Durée : 98 mn
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Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir...Il ne fait pas bon être mariée à Michel Delasalle (Paul Meurisse), tyrannique directeur d'un pensionnat pour garçons. C'est pourtant le triste sort de Christina (Véra Clouzot), laquelle est également directrice du pensionnat. Son mari lui fout des coups, lui prend ses sous, la trompe allègrement avec Nicole Horner (Simone Signoret), enseignante au pensionnat. Les deux femmes ont fini par devenir proches, suffisamment pour que Nicole persuade Christina qu'il est urgent de se débarrasser du sale bonhomme. Elles ont un plan... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour l'atmosphère des films de Clouzot, sans nulle autre pareille. Méchanceté, indifférence, aigreur, cynisme, du noir, du noir, et encore du noir... Pour les acteurs, premiers et seconds rôles : de Paul Meurisse, magistral en salaud manipulateur à Noël Roquevert, en voisin irascible (J'ai un vrai faible pour ce genre de second rôle, dans la veine de Julien Carette...), en passant par Simone Signoret, sulfureuse et machiavélique et Véra Clouzot, cardiaque au bout du rouleau... Pas de numéro d'acteur malgré ce casting grand luxe : de la sobriété, et du dépouillement.  Pour l'intrigue, qui malgré sa grande invraisemblance nous tient en haleine jusqu'au bout. L'angoisse et le malaise sont accentués par la mise en scène, la photo et la lumière, d'une beauté glaciale. Clouzot filme une France lugubre, qui se remet finalement tout juste de la guerre : beaucoup de petites gens, qui vivent bien chichement... seuls les jeunes pensionnaires, que leurs chauffeurs convoient, semblent ignorer les fins de mois difficiles... Agressivité, aigreur, mesquinerie, jalousie, l'humanité dépeinte ici par Clouzot n'a rien de folichon et ne prête pas à la franche rigolade. Qu'importe, les Diaboliques est un beau film, oppressant, qui a assurément marqué son époque. AnecdotesCe film est adapté d'un roman de Boileau-Narcejac, qui pour ceux qui l'ignoreraient n'est pas un écrivain, mais deux, M. Boileau à ma gauche et M. Narcejac à ma droite. D'ailleurs, emballé par le film, Alfred Hitchcock leur demanda un scénario du même acabit : ils pondirent Sueurs froides. Michel Serrault tient ici son premier rôle. En outre, on compte deux jeunes figurants pour le moins connus : Georges Poujouly (Michel de Jeux interdits) et notre Johnny Hallyday national. A noter aussi, jouant un des élèves, un certain Yves-Marie Maurin, frère de Patrick Devaere. Un remake fut tourné en 1996, Diabolique (film) avec Isabelle Adjani et Sharon Stone, et fit un vrai bide. Comme quoi, n'adapte pas Boileau-Narcejac qui veut... Aucune musique pendant le film, exception faite celle des génériques de début et de fin, soit 2 minutes 21 secondes ! Une petite citation, pour le plaisir M. Drain : je suis peut-être un affreux réactionnaire mais je trouve cette intimité stupéfiante. La femme légitime séchant les larmes de la favorite. Allons. Non, non et non ! Fiche techniqueLes Diaboliques 1955 Réalisation : Henri-Georges Clouzot Distribution Simone Signoret : Nicole Horner Véra Clouzot : Christina Delassale Paul Meurisse : Michel Delassalle Charles Vanel : Le commissaire Fichet Pierre Larquey : Monsieur Drain Michel Serrault : Le surveillant Jean Brochard : Plantiveau Noël Roquevert : Herboux Georges Chamarat : Le médecin Thérèse Dorny : Mme Herboux Aminda Montserrat : Mme Plantiveau Madeleine Suffel : la dégraisseuse Jean Témerson : le garçon d'hôtel Jacques Hilling : l'employé de la morgue Robert Dalban : le garagiste Jacques Varennes : le professeur Georges Poujouly : un élève Yves-Marie Maurin : Le jeune Moynet Jean Lefebvre : Le 2ème classe Camille Guérini : le photographe Henri Coutet : l'employé de la morgue Henri Humbert : le jeune Patard Johnny Hallyday : un élève Durée : 114 mn
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Et le condor passa...Joseph Turner (Robert Redford) est payé pour bouquiner. Tout ce qui passe. Mais son patron qui n'est pas fana de littérature, loin de là, n'est pas un patron ordinaire : son boss c'est la CIA. Il dépieute et passe au crible moult romans pour y détecter d'éventuelles fuites et complots en tout genre. Et ses lectures vont l'amener à mettre à jour un réseau clandestin sur lequel il aurait mieux fait de fermer les yeux... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour le scénario, sacrément bien ficelé, qui nous plonge dans une atmosphère de paranoïa intense, une ambiance post-Watergate qui donne la chair de poule. Pour les acteurs, des pointures : Robert Redford, en héros incrédule qui veut sauver sa peau tout en faisant éclater la vérité au grand jour, Faye Dunaway, qui se trouve embarquée malgré elle dans de vrais emmerdements, mais qui semble finalement y prendre goût, Max Von Sydow en tueur implacablement professionnel et méthodique...  Pour voir un film d'espionnage, un vrai, sans gadgets (à part quelques très gros ordinateurs et un peu de bidouille sur les fils du téléphone) ni héros bling-bling tombeur de ces dames (même si notre Robert, il emballe vite fait Faye), à l'intensité dramatique très élevée. Et puis, accessoirement, pour s'acclimater avec un temps (que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître): on est en pleines 70's. Ce qui veut dire que les gens peuvent allumer des clopes au restau ou au bureau, tapent sur de drôles de claviers, utilisent des téléphones insensés, ont des ordinateurs géants (et bruyants...), portent des habits vilains, et que la Grosse Pomme arbore fièrement ses Twins towers. La musique (du générique notamment) est également assez affreuse, mais ça donne un charme comme on dit (et puis, il faut voir la typo du générique, plus 70's tu meurs !). AnecdotesLe film est l'adaptation du roman presque éponyme de James Grady, "Six days of the condor" (il a perdu 3 jours en passant au cinéma, allez donc savoir pourquoi...). Une petite citation, pour le plaisirJoe Turner : listen. I work for the CIA. I am not a spy. I just read books ! We read everything that's published in the world. And we... we feed the plots - dirty tricks, codes - into a computer, and the computer checks against actual CIA plans and operations. I look for leaks, I look for new ideas... We read adventures and novels and journals. I... I... Who'd invent a job like that ?Fiche techniqueLes 3 jours du condor (Three days of the condor) 1975 Réalisation : Sidney Pollack Distribution Robert Redford : Joseph Turner / The Condor Faye Dunaway : Kathy Hale Cliff Robertson : J. Higgins Max von Sydow : G. Joubert John Houseman : Mr. Wabash Addison Powell : Leonard Atwood Walter McGinn : Sam Barber Tina Chen : Janice Chon Michael Kane : S.W. Wicks Durée : 117 mn
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And here's to you Mrs Robinson, Jesus loves ou more than you wil know, wo wo wo...Benjamin Braddock (Dustin Hoffman), fraîchement et brillamment diplômé, retourne chez ses parents du côté de Los Angeles pour les vacances. Il s'emmerde ferme. Le désoeuvrement le conduit à fréquenter secrètement mais assidument Mrs Robinson (Anne Bancroft), la femme de l'associé de son père. Les parents de Benjamin voyant leur rejeton glander toute la journée (et sortir toute la nuit, mais ils ne savent pas où...) lui mettent la pression pour qu'ii invite Elaine (Katharine Ross) à sortir. Il finit par s'exécuter, à contre-coeur, mais tombe amoureux d'Elaine... et c'est là que ça se corse... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Benjamin Braddock vit dans un milieu on ne peut plus conformiste, celui des classes aisées blanches de l'Amérique de la fin des années 60, dans une société déchirée entre libération sexuelle et puritanisme exacerbé.  Du coup, ses parents lui laissent vivre sa vie, mais rêvent qu'il se trouve quand même une gentille petite à marier. Dustin Hoffman, qui avait 30 ans à l'époque (et en paraît vraiment 10 de moins) incarne à la perfection ce jeune héros anti-conformiste, tellement mal à l'aise parfois qu'il en émet des petits sons aigus, des petites plaintes gutturales lorsqu'il est face à Mrs. Robinson (dont on ne connaît pas le prénom, comme tous les personnages plus âgés du film d'ailleurs, ce qui accentue un peu plus le gap générationnel...). Il morfle le petit Ben, ne se sent jamais à sa place, où qu'il soit, n'arrivant pas à se faire entendre par des gens, qui de toutes façons n'écoutent rien... Seule la présence d'Elaine (Katharine Ross, somptueuse et lumineuse) le rassure un peu... Le montage est excellent, tout comme les acteurs, et la bande-son n'est pas mal non plus, sauf si on est irrémédiablement allergique à Simon et Garfunkel. A l'époque le film choqua paraît-il, car décrivant les amours adultères d'une femme mûre et d'un homme jeune, mais plut aussi beaucoup. Il ne choque plus aujourd'hui, mais reste fascinant, prenant, original. Et en plus de tout, ça finit vachement bien. AnecdotesPas mal d'acteurs et d'actrices furent pressentis pour jouer dans le film, dont Ava Gardner et Judy Garland pour Mrs. Robinson, ou encore Ronald Reagan pour Mr. Braddock. Anne Bancroft et Dustin Hoffman sont sensés avoir 20 ans d'écart : en réalité, ils ont seulement 6 ans de différence d'âge. La fameuse jambe féminine de la photo de l'affiche n'appartient pas à Anne Bancroft, mais à linda Gray, alors inconnue au bataillon, mais qui incarnera plus tard Sue Ellen, dans Dallas. La chanson "Mrs. Robinson" n'a pas été écrite spécialement pour le film : elle existait avant et s'appelait alors "Mrs Roosevelt" (et causait d'Eleanor Roosevelt). Une petite citation, pour le plaisirBenjamin : listen to me. What happened between Mrs. Robinson and me was nothing. It didn't mean anything. We might just as well have been shaking hands. Mr.Robinson : shaking hands? Well, that's not saying much for my wife, is it? Fiche techniqueLe Lauréat (The Graduate) 1967 Réalisation : Mike Nichols Distribution : Dustin Hoffman : Benjamin Braddock Anne Bancroft : Mrs. Robinson Katharine Ross : Elaine Robinson William Daniels : Mr. Braddock Murray Hamilton : Mr. Robinson Durée : 105 mn
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Mais que fait la police ?A la fin des années 50 dans l'Upper West Side, quartier pas très très huppé de Manhattan, deux bandes de djeuns se disputent le territoire : à ma gauche les Jets, d'origine irlandaise, italienne et polonaise. A ma droite, les rivaux : les Sharks, Portoricains (et fiers de l'être). Et quelle mouche va donc piquer Tony, ancien chef des Jets, en pleine rédemption (par le travail) qui ne va rien trouver de mieux à faire que de tomber amoureux de Maria, fraîchement débarquée de son île ? Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour Natalie Wood, lumineuse, ingénue, assez nunuche sur les bords, mais pleine de grâce, et tellement touchante (et puis personnellement, je suis fan de son accent espagnol et de ses jupons froufroutants...). Pour Georges Chakiris, qui se la pète pas mal en portoricain (qu'il n'est pas) mais qui danse drôlement bien (même s'il transpire sous les bras). Pour quelques acteurs qu'on retrouvera avec délectation bien des années plus tard dans la version TV (l'originale, donc) de Twin Peaks. Pour la musique de Bernstein, les chorégraphies de Jerome Robbins et pour la mise en scène, parfois à couper le souffle de Robert Wise. West Side Story n'est assurément pas dans la lignée des comédies musicales des décennies précédentes. Exit les bluettes sucrées et la légèreté, et bonjour le réalisme et la violence : on plonge dans un quartier miteux, on traverse des parkings mal éclairés, on cotoye la misère sociale... le sujet ne prête pas à la franche rigolade, et la tension est forte, jusqu'au tragique dénouement final : le tout a un peu vieilli, mais ce serait dommage de se priver d'une oeuvre pareille. AnecdotesLe film a reçu 10 oscars, rien que ça. A l'origine, c'était Elvis Presley qui devait incarner Tony. De plus, le script original décrivait une histoire d'amour contrariée entre un gars catholique qui tombait amoureux d'une juive, et se déroulait dans l'East Side. Le film se serait appelé "East Side Story". Les séquences d'ouverture ont été filmées sur l'actuel emplacement du Lincoln Center, juste avant que les immeubles anciens ne soient démolis. D'ailleurs, la démolition fut retardée, le temps que les scènes soient dans la boîte. Une petite citation, pour le plaisirLieutenant Schrank : all right, wise guys. Now you listen to me. All of ya! You hoodlums don't own these streets. And I've had all the roughhouse I'm gonna put up with around here! You wanna kill each other, kill each other! But you ain't gonna do it on my beat. Are there any questions? Bernardo : yes sir. Would you mind translating that into Spanish?Fiche techniqueWest Side Story (1961) Réalisation : Jerome Robbins et Robert Wise Distribution Natalie Wood : Maria Richard Beymer : Tony Russ Tamblyn : Riff Rita Moreno : Anita George Chakiris : Bernardo Suzie Kaye : Rosalia Simon Oakland : Lieutenant Schrank Ned Glass : Doc William Bramley : Officer Krupke Tucker Smith : Ice Tony Mordente : Action José De Vega : Chino Yvonne Wilder : Consuelo Joanne Miya : Francisca Durée : 146 mn
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Pas de dissipation des brouillards matinaux...Jean (Jean Gabin), soldat de la Coloniale se retrouve au Havre. On comprend vite qu'il cherche à fuir, hanté par ses souvenirs de guerre au Tonkin. Il va croiser sur son chemin des gens (et un chien collant) plus ou moins recommandables... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour se rendre compte que ce film ne se résume pas à sa réplique culte (le fameux, "t'as de beaux yeaux, tu sais"), loin de là. On peut légitimement le trouver beaucoup trop noir et carrément désespérant. Et dès les premiers plans, dès les premiers mots échangés au compte-gouttes entre Jean, taciturne, solitaire, désabusé (mais d'une humanité si touchante) et le chauffeur du camion, on sent bien que ce film ne sera que malheur, un malheur épais, glacial et inéluctable.  Pour la brochette d'acteurs, des premiers aux seconds rôles... des gueules qu'on oublie pas, des regards perdus dans le vide : tous ont un point commun, ils attendent la mort ou vont même à sa rencontre. Aucune issue heureuse à l'horizon, semble-t-il et tout le monde s'y résigner. Pour l'atmosphère lugubre, mélancolique mais tellement poétique : pavés mouillés, réverbères faiblards, docks déserts, paquebots mugissants, ajoutent une couche supplémentaire au malheur et à la solitude des coeurs et des âmes. AnecdotesJean Gabin, très impressionné par Drôle de drame, qu'il avait vu au cinéma en 1937, demanda à son agent de contacter Marcel Carné, qui avait alors 29 ans et était un quasi-inconnu. Gabin demanda à Carné s'il avait un sujet à lui proposer et sans se démonter, le jeune réalisateur proposa d'adapter Quai des Brumes, roman de Mac Orlan. Pierre Brasseur se prend une vraie paire de claques par Jean Gabin, qui lui en voulait particulièrement pour avoir critiqué Michèle Morgan sur le tournage. Une petite citation, pour le plaisirZabel : qu'est-ce qu'ils ont tous à parler d'amour, est-ce qu'il y a quelqu'un qui m'aime, moi ?Fiche techniqueQuai des brumes 1938 Réalisation : Marcel Carné Distribution Jean Gabin : Jean, le déserteur Michèle Morgan : Nelly, la jeune fille sous tutelle Michel Simon : Zabel, le tuteur de Nelly Pierre Brasseur : Lucien Le Gardier, chef de bande Édouard Delmont : Panama, le patron de l'auberge Aimos : Quart-Vittel Robert Le Vigan : Michel Krauss, le peintre René Génin : Docteur Mollet Marcel Pérès : Le chauffeur du camion Jenny Burnay : Une fille, amie de Lucien Roger Legris : Le garçon d'hôtel Claude Walter : "L'orphelin" Raphaël : Bébé, le deuxième complice Durée : 91 mn
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L'enfer, c'est les autres ?Henry Van Cleve (Don Ameche) vient de rendre son dernier soupir : persuadé qu'il est voué aux flammes de l'enfer, il descend directement voir son Excellence le diable (Laird Cregar, très smart, hein, le diable, un super jeu de sourcils et une barbichette taillée au petit poil...) pour qu'il l'expédie fissa encore plus bas. Le maître des lieux n'a cependant pas eu le temps d'étudier le dossier du candidat et lui demande de lui raconter son histoire... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour une galerie de personnages hauts en couleurs et pas piqués des vers : mère et grand-mère omniprésentes et hystériques, trucculent grand-père, père à la fois à cheval sur les conventions mais compréhensif, en passant par une hallucinante et délurée employée de maison française (Signe Hasso, parlant français avec un accent suédois à couper au couteau), cousin qui réussit sauf sa vie amoureuse, domestiques ayant la langue bien pendue... Pour voir un film avec Gene Tierney, si on en n'a jamais vu avant, même si ce n'est certainement pas son plus beau rôle (On la préfèrera, plus sombre et mystérieuse, en Mme Muir ou en Laura).  Pour s'acclimater avec Lubitsch, si on ne connaît pas, si on n'aime pas trop le noir et blanc (pourquoi pas ?!), et si on n'a pas vu les films majeurs (et quand même assez incontournables) que sont To be or not to be, The shop around the corner ou encore Ninotchka. Et au bout du compte, Lubitsch, on ne s'en lasse pas, quand bien même celui-ci n'atteint pas la virtuosité des autres. Le charme, l'humour, la légèreté y sont, alors s'il s'agit au fond d'un film sur la difficulté de vivre, le dilemme permanent entre le désir de rentrer dans le rang et la soif de liberté... AnecdotesDernier film de Lubitsch, tourné entièrement en Technicolor (et ça se voit !). A noter à la toute fin du générique, une pub pour promouvoir l'achat des "bons de guerre", destinés à soutenir l'effort de guerre de l'administration de Roosevelt. Ce film ne doit pas (absolument pas !) être confondu avec celui réalisé et interprété par Warren Beatty, lequel date de 1978 et n'est en rien un remake de celui de Lubitsch (ouais, on ne mélange pas les torchons et les serviettes, même si personnellement, je n'ai rien contre Warren Beatty). Iron Maiden, groupe de heavy metal a composé en 1986 une chanson intitulée "Heaven Can Wait" en hommage au film. Une petite citation, pour le plaisirHenry Van Cleve : Martha if I hadn't met you I'd hate to think where I'd be now. Martha : Probably outside some stage door. Or even in the dressing room.Fiche techniqueLe ciel peut attendre (Heaven can wait) 1943 Réalisation : Ernst Lubitsch Distribution : Gene Tierney : Martha Don Ameche : Henry Van Cleve Charles Coburn : Hugo Van Cleve Marjorie Main : Mrs. Strabel Laird Cregar : « Son Excellence » le Diable Spring Byington : Bertha Van Cleve Allyn Joslyn : Albert Van Cleve Eugene Pallette : E.F. Strabel Signe Hasso : Mademoiselle Louis Calhern : Randolph Van Cleve Durée : 148 mn
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Quoi ma gueule ? Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?Le long du Canal Saint-Martin à Paris, rendez-vous à l'Hôtel du Nord, patrons et clients sont réunis à table pour fêter une communion. Entrent Pierre (Jean-Pierre Aumont) et Renée (Anabella), deux jeunes amoureux tristes à pleurer, qui viennent y louer une chambre pour se suicider. Leur voisin de chambre est un certain M. Edmond (Louis Jouvet) a fui son milieu et habite avec Mme Raymonde (Arletty)... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour deux acteurs monumentaux qui se font face, s'affrontent, se défient : à ma gauche, Arletty (Raymonde), gouailleuse et agitée, à ma droite, Louis Jouvet (Edmond ou Robert) stoïque et sombre... et ils n'en font même pas des tonnes, bien que les répliques fusent, avec un accent parigot à couper au couteau.  Et il n'y a pas que M. Edmond et Mme Raymonde : tous les autres acteurs sont magnifiques, du couple de patrons de l'hôtel, en passant par l'éclusier donneur de sang (et cocu) et bien sûr le couple suicidaire et désespéré qui vient tenter de finir ses jours à l'Hôtel (même si on peut le trouver un rien culcul-la praline et grandiloquent). Pour la mélancolie lancinante, l'intensité mélodramatique et le pessimisme ambiants, parfois entrecoupés de toutes petites lueurs d'espoir, de bonne humeur et d'insouciance (mais la noirceur revient toujours au triple galop...). Pour la poésie ambiante, la lumière superbe, et les décors, magnifique reconstitution des bords du Canal Saint-Martin. Et aussi pour cette fameuse atmosphère, celle de juste avant le chaos de la Seconde guerre mondiale, immortalisée à jamais par le maître Carné... AnecdotesLa quai-totalité du film a été tournée aux studios de Billancourt où l'hôtel du Nord et le canal Saint-Martin ont entièrement été reconstitués par Alexandre Trauner. François Périer tient dans ce film son premier rôle au cinéma. Il avait 19 ans. Une petite citation, pour le plaisirRaymonde : pourquoi qu'on part pas pour Toulon ? Tu t'incrustes, tu t'incrustes. Ça finira par faire du vilain. Edmond : et après ? Raymonde : oh, t'as pas toujours été aussi fatalitaire... Edmond : ... fataliste. Raymonde : si tu veux, le résultat est le même. On n'est pas heureux tous les deux ? Edmond : nan. Raymonde : t'en es sûr ? Edmond : oui. Raymonde : t'aimes pas not' vie ? Edmond : tu l'aimes, toi, not' vie ? Raymonde : faut bien, je m'y suis habituée. Parfait, on se dispute mais au lit on s'explique et sur l'oreiller on s'comprend. Alors ? Fiche techniqueHôtel du Nord 1938 Réalisation : Marcel Carné Distribution Annabella : Renée, la fiancée de Pierre Arletty : Mme Raymonde, la prostituée Louis Jouvet : M. Edmond, le protecteur de Mme Raymonde Jean-Pierre Aumont : Pierre, le fiancé de Renée André Brunot : Émile Lecouvreur, le patron de l'hôtel Jane Marken : Louise Lecouvreur, la patronne de l'hôtel Paulette Dubost : Ginette Trimaux, la femme de Prosper Bernard Blier : Prosper Trimaux, éclusier et donneur de sang François Périer : Adrien, un client de l'hôtel Henri Bosc : Nazarède, un truand qui recherche M. Edmond Marcel André : le chirurgien Raymone : Jeanne, la femme de ménage Génia Vaury : L'infirmière Andrex : Kenel, un habitué de l'hôtel René Bergeron : Maltaverne, le gendarme Jacques Louvigny : Munar, un habitué de l'hôtel Durée : 95 mn
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Bon alors, l'amour, en définitive, c'est une joie ou une souffrance ?Paris 1942. Lucas Steiner (Heinz Bennent) le directeur du théâtre Montmartre a dû quitter la France (mais en fait pas vraiment), et c'est sa femme, Marion (Catherine Deneuve) qui assure l'intérim d'une main de fer. Une étrange pièce norvégienne (mais en fait pas vraiment ?), la Disparue, est mise en scène par Jean-Loup Cottins (Jean Poiret) sous nos yeux. Tout le joyeux (mais en fait pas vraiment) petit monde du théâtre s'y attelle avec passion. Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour prendre un cours de chignons compliqués en regardant les coiffures de Catherine Deneuve, savants assemblages capillaires dont on se demande comment ils peuvent tenir sur la tête sans s'effondrer... mais Catherine Deneuve incarne aussi Marion à la perfection, radieuse, énergique, sérieuse, féminine et secrète (et en plus, on comprend tout ce qu'elle dit). Pour voir un film (le seul ?) dans lequel Gérard Depardieu n'en fait pas des tonnes (pour un peu, on pourrait même aller jusqu'à affirmer que c'est son meilleur rôle...). Pour tous ces seconds rôles, pléthore d'excellents acteurs qui campent des personnages parfois complexes, en tout cas souvent forts en gueule, mystérieux, voire ambigüs. Tout ce petit monde se cotoye, se trahit (un peu), s'engueule, sympathise, s'aime...  Pour l'ambiance sinistre de Paris sous l'Occupation : c'est un peu comme si on feuilletait un album plein de photos jaunies... pas de couleurs vives, du sépia, du rouge passé, du gris poussiéreux, quelques touches de couleur au détour d'une rue (un soldat qui peint le Sacré-Coeur, le petit garçon aux cheveux roux flamboyants qui arrose consciencieusement ses plants de tabac...). C'est la pénombre qui domine, pendant une bonnne partie du film, où les scènes de jour se comptent presque sur les doigts de la main, accentuant ainsi l'impression d'être en période de guerre. Du coup, qui dit pénombre, dit jeux d'ombres et de lumière, et somptueux gros plans sur les visages, celui de Catherine Deneuve notamment. Le Dernier métro reprend des thèmes chers à Truffaut, illusion et faux-semblants, tortueux destins amoureux, déjà abordés dans Jules et Jim (une femme et deux hommes) et dans la Nuit américaine (l'oscillation entre la fiction et la réalité, le spectacle dans le spectacle), dans un contexte différent, dramatique et sombre. Et donne l'occasion d'entendre la version originale de "Mon amant de Saint-Jean" chantée par Lucienne Delyle pour ceux qui ne connaîtraient que la reprise pâlichonne de Patriiiick Bruel. AnecdotesC'est François Truffaut qui donna à Sabine Haudepin son premier rôle au cinéma, 18 ans auparavant dans Jules et Jim. Dans une des scènes de la cave, on aperçoit un technicien preneur de son dans un coin (pas bien caché, donc...). Une petite citation, pour le plaisirLucas : dites-moi, elle est belle, ma femme ?... Je vais vous poser une question, Bernard, elle, elle est amoureuse de vous, mais vous, est-ce que vous l'aimez ?Fiche techniqueLe Dernier Métro 1980 Réalisation : François Truffaut Distribution Catherine Deneuve : Marion Steiner Gérard Depardieu : Bernard Granger Heinz Bennent : Lucas Steiner Jean Poiret : Jean-Loup Cottins Andréa Ferréol : Arlette Guillaume Paulette Dubost : Germaine Fabre Sabine Haudepin : Nadine Marsac Jean-Louis Richard : Daxiat Maurice Risch : Raymond Boursier Richard Bohringer : le gestapiste László Szabó : Lieutenant Bergen Durée : 130 mn
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Et un petit café, un !Alicia Huberman (Ingrid Bergman) a une hérédité sacrément chargée : son père est un espion allemand, condamné à vingt ans de prison au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Pour tout dire, les nazis, Alicia, elle s'en cogne : elle est un genre de Paris Hilton de la côte Est. Elle enchaîne les conquêtes presque aussi vite que les margharitas. Les services secrets, par l'entremise de T.R. Devlin (Cary Grant) la contactent pour une mission au Brésil, qu'elle accepte, bien que pas spécialement patriote : là-bas, elle doit infiltrer une bande d'ex-nazis, dont le chef est Alexander Sebastian (Claude Rains)... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Tout a été dit, ou presque sur ce film brillamment ficelé : couple mythique, superbe photo, scénario au poil... N'empêche, c'est vrai qu'Ingrid Bergmann a un côté fascinant, incarnant un genre de Mata-Hari en désintoxication (et aussi un peu sur le chemin de la rédemption) et ce bien qu'elle porte des chapeaux et des coiffures ridicules, il faut l'admettre. Qu'importe, elle attire le regard et la lumière et les gros plans sur son visage sont somptueux, traduisant sa grande vulnérabilité. Et puis Cary Grant n'est pas mal non plus, dans le genre ténébreux, espion imperturbable et toujours professionnel, un rien guindé dans son costume, mais aussi drôlement amoureux, prêt à tout pour sauver la peau de sa belle. L'un et l'autre passent une bonne partie du film à s'attendre, à se mettre à l'épreuve, tous deux souhaitant ardemment que l'autre bouge d'un millimètre, voire laisse transparaître un peu d'émotion... Bien sûr, il y a aussi ce trèèèèèèèèès long baiser, qu'il a fallu entrecouper de dialogues pour ne pas subir la censure et être accusé d'obscénité. Il y a aussi d'extraordinaires et sophistiqués mouvements de caméra, qui alternent avec des plans fixes, tout simples pour faire passer les dialogues au premier plan. Hitchcock excelle dans ce genre d'exercice, on est pas maître du suspense pour rien. Et, last but not least, n'oublions pas la galerie de portraits des méchants, une meute de gars aux gueules patibulaires ainsi qu'une belle-mère drôlement possessive et jalouse (qui fume au lit). AnecdotesLe producteur David O. Selznick voulait Vivien Leigh pour jouer le rôle d'Alicia. Ce fut finalement Ingrid Bergman. Claude Rains qui n'était pas très grand, joua plusieurs scènes perché sur une boîte, pour dépasser Ingrid Bergmann. D'ailleurs, il a également l'air aussi grand que Cary Grant, qui faisait à peu près 20 cm de plus que lui. Hitchcock apparaît furtivement à la 60ème minute du film, pendant la réception chez les Sebastian. Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire) Alicia : why should I ? Devlin : patriotism. Alicia : that word gives me a pain.Fiche techniqueLes enchaînés (Notorious) 1946 Réalisation : Alfred Hitchcock Distribution Ingrid Bergman : Alicia Huberman Cary Grant : T.R. Devlin Claude Rains : Alexander Sebastian Louis Calhern : Paul Prescott Leopoldine Konstantin : la mère de Sebastian Reinhold Schünzel : Dr. Anderson Moroni Olsen : Walter Beardsley Ivan Triesault : Eric Mathis Durée : 101 mn
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Et ta mère, elle est magique ?"Je vous présente Paméla" est tourné aux studios de la Victorine à Nice, réalisé par Ferrand (François Truffaut), (plus ou moins) épaulé par toute une équipe d'acteurs et de techniciens... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour comprendre que tourner un film, c'est une sacrée paire de manches : entre les pépins techniques, les coups de gueule du producteur et les états d'âme d'acteurs aux égos surdimensionnés et/ou ayant une propension à biberonner dès le petit déjeuner, il faut s'accrocher. C'est d'ailleurs ce que fait le réalisateur, Ferrand (François Truffaut), qui y croit, tout simplement parce que comme il le dit à Alphonse (Jean-Pierre Léaud) sans son travail, sans le cinéma, il n'est rien. D'ailleurs, le cinéma est en lui et vient hanter ses rêves chaque nuit... Les actrices sont lumineuses, fragiles, conquérantes (et totalement barrées pour certaines)... tout ça à la fois... D'ailleurs, Nathalie Baye y fait une de ses premières apparitions à l'écran : toute jeunette et affublée de grosses binocles, elle lance un défi, et pas des moindres à Bernard Menez (et oui...), accessoiriste un peu bricoleur, un genre de Géo Trouvetout (sans bec).  Pour s'acclimater au cinéma de la Nouvelle vague, on peut commencer par celui-là, très accessible, filmé presque comme un documentaire, avec réalisme, grande simplicité et pas mal de fraîcheur. N'y allons pas par quatre chemins, on peut d'emblée détester ou adorer : la voix-off un peu monocorde du réalisateur, les obsessions du jeune premier, Alphonse, qui souffre de ne pas être aimé ou pas comme il voudrait, les angoisses existentielles des uns et des autres, peuvent fasciner ou irriter. On peut aussi être dérouté par cette splendide mise en abyme (le film dans le film) et par ce mélange entre la vie réelle et les rôles des acteurs... quoi qu'il arrive, la Nuit américaine ne laisse pas indifférent... Anecdotesle titre du film fait référence à une technique cinématographique, qui consiste à filmer des séquences de jour alors qu'elles sont censées se dérouler la nuit, ce grâce à l'ajout d'un filtre et/ou à une sous-exposition. La scène où le chat vient boire le lait du plateau de petit-déjeuner est inspirée de "la Peau douce", autre film de Truffaut, datant de 1964. Lorsque Ferrand reçoit l'appel de Georges Delerue (le compositeur de la BO de "Je vous présente Paméla" et de "la Nuit américaine" !), la musique qu'il lui fait écouter par téléphone est celle de Deux anglaises et le continent, autre film de Truffaut tourné en 1971. Séverine (Valentina Cortesa)utilise des sortes d'antisèches, avec les dialogues écrits dessus, qu'on lui colle ça et là sur les murs. Ca ne marche pas très bien. Mais François Truffaut utilisa avec succès ce petit truc lorsqu'il joua dans "Rencontres du 3ème type", car il avait du mal à mémoriser ses répliques en anglais. Une petite citation, pour le plaisirBertrand : Vous savez, pour gagner de l'argent de nos jours, il faut être dans l'immobilier, pas dans le cinéma !
Joëlle : mais moi pour un film je pourrais quitter un type, mais pour un type je pourrais jamais quitter un film !Fiche techniqueLa nuit américaine 1973 Réalisation : François Truffaut Distribution Jacqueline Bisset : Julie Jean-Pierre Léaud : Alphonse Jean-Pierre Aumont : Alexandre Valentina Cortese : Séverine François Truffaut : Ferrand Dani : Liliane Alexandra Stewart : Stacey Nathalie Baye : Joëlle Jean Champion : Bertrand Nike Arrighi : Odile David Markham : le docteur Nelson Bernard Menez : Bernard (l'accessoiriste) Jean-François Stévenin : Jean-François (1er assistant réalisateur) Xavier Saint-Macary : Xavier Durée : 112 mn
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New-York, New-Yoooooork, tatatadada, tatatadada...Isaac Davis (Woody Allen) écrit des sketches comiques pour la télévision. En vrai, il voudrait écrire un roman, mais n'y arrive pas. Gravement flippé, désabusé, il est aussi deux fois divorcé, Jill (Meryl Streep) sa dernière femme l'ayant d'ailleurs quitté pour une femme, ce qui n'arrange rien, surtout qu'elle est sur le point de publier le récit de son mariage raté avec Isaac. Il a une petite copine de 17 ans (bientôt 18 !), Tracy (Mariel Hemingway) et quelques amis, dont Yale (Michael Murphy) mari presque fidèle pendant des lustres, mais qui vient de rencontrer Mary (Diane Keaton) avec laquelle ça semble sérieux. Mais le hic, c'est qu'Isaac aussi, tombe amoureux de Mary... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour le noir et blanc, sublime, qui magnifie la Grosse Pomme, la rendant encore plus désirable et vertigineuse. Hommage vibrant s'il en est, à la ville qui ne dort jamais, déclaration d'amour à la vie à la mort à cette ville insaisissable, multiformes, changeante, inaccessible, le film s'ouvre sur une succession de vues de New-York, un genre de kaléidoscope sans couleurs, sur fond musical et avec la voix off d'Isaac-Woody, qui jette les premières lignes de son roman. Impossible pour Isaac de dire d'une seule manière, pourquoi et à quel point cette ville lui colle tant à la peau, de la portraitiser. Il l'aime à peu près autant qu'elle lui file entre les doigts. Impossible aussi de savoir vraiment qui est qui : on navigue entre fiction et réalité, la marotte de Woody Allen, avec d'omniprésentes références à sa vie personnelle... Pour la photo et la lumière, magnifiques, les jeux d'ombres chinoises, les visages filmés souvent en gros plan, empreints de douceur, de gravité, parfois aussi de souffrance qui affleure derrière les sourires.  Pour le portrait au vitriol de ces cercles d'intellos new-yorkais, bavards, snobs, prétentieux, centrés sur eux-mêmes, solitaires, immatures, et fondamentalement malheureux. On nage en pleine névrose, on baigne dans la psychanalyse, on cotoie aussi une humanité en dérive affective. Pour les dialogues subtilement drôles, dont chacun reste un bijou de cynisme et d'humour purement « allennien ». S'il ne fallait en voir qu'un seul, ce serait celui-là, sans aucune hésitation ! AnecdotesWoody Allen sortait à l'époque avec une jeune femme, Stacey Nelkin, qui fréquentait la High School New York's Stuyvesant, et lui inspira le personnage de Tracy. Le film a entièrement été tourné en décors naturels, extérieurs comme intérieurs. D'ailleurs, il se termine sur la vue d'une enseigne au néon, Elaine's, un des lieux de prédilection du réalisateur. Pour élargir la perspective sur la ville, le film a été tourné en Cinémascope (format 2:35). Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire) Isaac Davis : I think people should mate for life, like pigeons or Catholics.
Mary Wilke : I guess I should straighten my life out, huh ? I mean, Donnie my analyst is always telling me... Isaac Davis : you call your analyst Donnie ? Mary Wilke : yeah, I call him Donnie. Isaac Davis : Donnie, your analyst ? I call mine Dr.Chomsky, y'know, he hits me with a ruler.
Tracy : not everybody gets corrupted. You have to have a little faith in people. Fiche techniqueManhattan 1979 Réalisation : Woody Allen Distribution Woody Allen : Isaac Davis Diane Keaton : Mary Wilkie Michael Murphy :Yale Mariel Hemingway: Tracy Meryl Streep : Jill Anne Byrne : Emily Karen Ludwig : Connie Michael O'Donoghue : Dennis Durée : 96 mn
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Papa, tu me fous grave la teuhon avec ton tablier de gonzesse !La famille Stark au grand complet - mère hystérique et omniprésente, père lâche et démissionnaire, perfide belle-maman et Jim (James Dean) le fils, solitaire et rebelle - débarque dans une nouvelle ville, bien décidée à y rester cette fois-ci. Jim lie d'amitié avec Platon (Sal Mineo) quasi-orphelin élevé par une nourrice, et Judy (Natalie Wood), sa voisine dont les relations avec ses géniteurs ne sont pas des plus sereines. Jim tente de se faire accepter par la redoutable bande de djeuns menée par Buzz, en se bagarrant au couteau à la sortie du planétarium (tar'ta gueule à la récré ?) puis acceptant son défi de s'affronter lors d'une imbécile et dangereuse course de voitures en haut d'une falaise... Pourquoi voir ou revoir ce film ?On a beau le tourner dans tous les sens, trouver que ça a drôlement vieilli, que ces jeunes n'ont pas l'air bien jeunes et qu'ils feraient piètre figure à côté des délinquants d'aujourd'hui, et bien, quand même, c'est un sacré film sur la rupture, l'impossible dialogue entre générations, la complexité des rapports paternels...  On aurait tort de ne retenir de ce film que la scène de la baston au couteau ou de la course de voitures, ou même la seule image de James Dean en blouson rouge sur son t-shirt blanc : tout au long du film, Jim se cherche désespérément un père, qu'il ne trouve pas. En revanche, Jim devient quasiment chef d'une famille virtuelle et recomposée, faisant de Judy sa femme et adoptant dans le même temps Platon, paumé parmi les paumés, lui aussi en quête d'amour paternel. Peu de scènes de jour : du coup la noirceur, les ombres, les magnifiques clairs-obscurs du planétarium rendent l'émotion encore plus forte, et tendent peut-être à aggraver encore la désolation du tragique tableau final. Tout semble en effet rentrer dans l'ordre, mais à quel prix ?! AnecdotesA l'origine, la production pensait à Marlon Brando pour le rôle principal : finalement, Elia Kazan, qui venait de finir A l'Est d'Eden recommanda James Dean à Nicholas Ray pour incarner Jim Stark. A cet égard, Stark est l'anagramme de Trask, personnage que jouait James Dean dans A l'Est d'Eden. Lorsque le film est sorti sur les écrans, James Dean était mort depuis un mois : d'ailleurs, il tourna dans seulement trois longs-métrages, les deux autres étant A l'Est d'Eden et Géant (tourné l'année de sa mort et qui sortira lui, un an après). Denis Hopper fait dans ce film plus qu'une apparition, en jouant Goon, l'un des gars de la bande de Buzz. La fameuse scène du combat au couteau a été réalisée avec de vraies armes blanches, pas du plastoc ou du fer blanc, du vrai qui coupe : il paraît qu'ils portaient un cotte de maille sous leurs manches pour se protéger. Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire) Jim Stark : I don't know what to do anymore. Except maybe die. Fiche techniqueLa fureur de vivre (Rebel without a cause) 1955 Réalisation : Nicholas Ray Distribution James Dean : Jim Stark Natalie Wood : Judy Jim Backus : le père de Jim Ann Doran : la mère de Jim Sal Mineo : Platon Corey Allen : Buzz Dennis Hopper : Goon Rochelle Hudson : la mère de Judy William Hopper : le père de Judy Virginia Brissac : la grand-mère de Jim Nick Adams : Moose Jack Simmons : Cookie Durée : 107 mn
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Oups, mince alors, j'ai fait tomber mon briquet !Guy Haines (Farley Granger), un champion de tennis bien propre sur lui rencontre un type dans un train, Bruno Anthony (Robert Walker). Jusqu'ici, tout va bien. Sauf que le type en question, psychopathe sur les bords, lui propose un lugubre marché : un échange de meurtres se résumant à "j'bute ta gonzesse qui t'encombre et tu me débarrasses de mon vieux que j'abhorre" ! Le tennisman ne prend pas cette proposition au sérieux. Pourtant sa femme Miriam va être étranglée peu de temps après. Les ennuis de Guy vont commencer... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Tous les Hitchcock ne se valent pas, assurément : mais celui-ci, un poil moins connu que certains autres mérite une (ou même plusieurs) vision(s) attentive(s). Pour sa lumière et ses superbes scènes nocturnes, qu'il s'agisse de la ville, éclairée à la lumière des réverbères, ou de la fête foraine, presque trop gaie pour être fréquentable...  Pour son casting, rassemblant des acteurs qui, sans être des superstars, incarnent à la perfection leurs personnages : qu'il s'agisse de Farley Granger avec sa tête d'ange brun, de jeune premier, pas exempt d'ambiguïtés, mais finalement assez courageux, en tout cas suffisamment pour sauver sa peau, ou de Robert Walker, oisif, névrosé jusqu'au trognon, sacrément psychopathe, implacablement méchant mais au bout du compte assez attachant. Une mention spéciale à Patricia Hitchcock, petite soeur binoclarde, dévouée, intelligente et intransigeante, à la langue drôlement bien pendue. Pour ses scènes d'anthologie, son rythme endiablé et son suspense haletant : les paires de pieds qui se rencontrent au début dans le train, le meurtre se reflétant dans les lunettes tombées par terre, le match de tennis qui n'en finit pas, pendant que le briquet tombe dans une bouche d'égout, la scène finale avec la bagarre sur un manège qui s'est emballé. AnecdotesPour la scène où Bruno farfouille pour récupérer le fameux briquet, c'est Hitchcock en personne qui a choisi les détritus qui jonchent le sol. Le film est adapté d'un roman de Patricia Highsmith, dont Hitchcock acheta les droits anonymement pour en faire baisser le prix : il put ainsi les acquérir pour 7500 dollars, soit pas grand chose, paraît-il. La scène où le type rampe sous le manège pour aller le stopper ne fut pas truquée : Hitchcock estima que cette cascade fut la plus risquée de toute sa carrière de réalisateur. Quand le film fut distribué en Allemagne en 1952, certaines séquences jugées cruelles et violents, furent coupées (5 mn environ) : plus tard, ces scènes furent restaurées dans la version télévisée et sous-titrées, alors que le reste du film était doublé. Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire) Senator Morton : poor unfortunate girl. Barbara Morton : she was a tramp. Senator Morton : she was a human being. Let me remind you that even the most unworthy of us has a right to life and the pursuit of happiness. Barbara Morton : from what I hear she pursued it in all directions. Fiche techniqueL'inconnu du Nord-Express (Strangers on a train) 1951 Réalisation : Alfred Hitchcock Distribution Farley Granger : Guy Haines Ruth Roman : Anne Morton Robert Walker : Bruno Antony Marion Lorne : Madame Antony Leo G. Carroll : le sénateur Morton Patricia Hitchcock : Barbara Morton Jonathan Hale : Mr. Antony Laura Elliott : Miriam Joyce Haines Howard Saint-John : le capitaine Turley Norma Varden : Mrs. Cunningham John Brown : le professeur Collins Robert Gist : Leslie Hennessy Durée : 100 mn
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Ich bin ein Berliner ?!1930. Brian Roberts débarque de son Angleterre natale dans un Berlin en voie de désintégration. Il y fait la connaissance de Sally Bowles, une américaine ô combien délurée, qui chante et danse au Kit Kat Club -entre autres activités épanouissantes-, sous la houlette du déjanté Maître de cérémonies. Pendant ce temps, Brian donne des leçons d'anglais et poursuit son apprentissage du germain. Sally et Brian deviennent amis et plus si affinités, font la connaissance de divers énergumènes, plus ou moins louches, plus ou moins honnêtes, dont Max, un playboy fortuné, qui les séduit tous les deux et les plante là, après leur avoir fait entrevoir monts et merveilles. Sally, enceinte d'elle ne sait pas qui (et nous non plus d'ailleurs), pourrait partir vivre tranquillement à Cambridge sur le campus, avec Brian, qui lui propose aussi de se marier... bof... cette perspective ne l'enchante guère, elle qui aspire à devenir une actrice, et grande tant qu'à faire... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Flm musical s'il en est, Cabaret se voit. Et se revoit. Pour les numéros et les chansons, qu'on se chante ensuite, des airs presque entêtants. Mais pas que. Cabaret est aussi un film d'ambiance, qui se déroule dans une ville en pleine déliquescence. Certes, il s'agit du décor, de la toile de fond, mais ce Berlin au bord du gouffre s'insinue souvent sur le devant de la scène, et vampirise les personnages. Il imprime sa sombre marque dans les numéros du Kit Kat Club. Bien que le film soit musical, il est curieusement et paradoxalement ponctué de scènes de chuchotements, voire de silences, comme par exemple celle, très jolie, d'un baiser léger et assez chaste de Sally et Brian, en gros plan, de profil et tête bêche.  La violence est omniprésente et filmée sans concession, toujours sur fond musical, que ce soit quand le patron du club se fait tabasser à mort par des nazis vengeurs, ou cette fête champêtre qui se transforme en rassemblement nationaliste : un chant, assez suave et innocent au début, tourne ensuite à l'aigre, la haine se lisant sur les visages de (presque) tous ceux qui sont là et reprennent en choeur le refrain avec conviction. Décadence, cynisme, désespoir, mélancolie... Peu de lumière au bout du compte pour tous ces paumés fragiles et tordus, avec cette fin qui laisse entrevoir une suite tragique, un cataclysme. Un film musical dans un contexte de chaos à venir : il fallait oser quand même... Bob Fosse l'a fait, épaulé par un casting grand luxe. Alors, oui, "Wilkommen, Bienvenue, Welcome", entrez au cabaret, que le spectacle commence, et qu'il continue ! Anecdotes8 Oscars, rien que ça, ont récompensé ce film : meilleure actrice pour Liza Minnelli, meilleur second rôle masculin pour Joel Grey, meilleure mise en scène pour Bob Fosse. Les décors, la photographie, le montage, le son et la musique ont reçu également chacun un Oscar. C'est Liza Minnelli en personne qui conçu sa coiffure et son maquillage, avec l'aide de son célbressime père, Vincente, est-il besoin de le présenter. Gene Kelly et Billy Wilder déclinèrent la proposition de réaliser le film, que Bob Fosse lui, accepta. Dans la version "originale", celle qui fut jouée au théâtre à Broadway, l'écrivain est américain et la chanteuse anglaise. Au début du film, une étrange et inquiétante femme fumant une cigarette apparaît furtivement assise au fond du Cabaret : elle est inspirée d'un tableau expressionniste allemand de Otto Dix, le Portrait de Sylvia von Harden. Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire) Sally : I suppose you're wondering what I'm doing, working at a place like the Kit Kat Club. Brian Roberts : well, it is a rather unusual place. Sally : that's me, darling. Unusual places, unusual love affairs. I am a most strange and extraordinary person. Fiche techniqueCabaret 1972 Réalisation (et chorégraphie) : Bob Fosse Distribution Liza Minnelli : Sally Bowles Michael York : Brian Roberts Helmut Griem : Maximilian von Heune Marisa Berenson : Natalia Landauer Fritz Wepper : Fritz Wendel Joel Grey : Le maître de cérémonie Helen Vita : Fraulein Kost Ralf Wolter : Herr Ludwig Gerd Vespermann : Bobby Sigrid Von Richtofen : Fraulein Maur Elisabeth Neumann-Viertel : Fraulein Schneider Georg Hartmann : Willi Durée : 124 mn
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Ouhlala, quelle touffeur !Quand un pasteur alcoolique défroqué se reconvertit (...), que peut-il bien faire de sa nouvelle vie ? Guide touristique ! C'est la voie, presque impénétrable, qu'a suivie Larry Shannon. Il chapeaute ainsi des américaines assez vieilles et très névrosées en mal d'aventures dans un Mexique junglesque, moite et surchauffé. Sur son chemin, il va ainsi faire la connaissance d'une nymphette aguicheuse, chaperonnée par une bigotte hystérique, probablement jalouse de ne pas être l'objet de la drague intempestive du bonhomme, d'une femme fatale en diable et d'une artiste bohème... Ambiance, ambiance... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Adapté d'une pièce de Tennesse Williams, ce film n'est pas des plus légers, loin s'en faut... tension, moiteur, frustrations, rancoeurs, jalousie... l'atmosphère est étouffante, pesante, entêtante, envoûtante, glauque. Les acteurs sont des bêtes de scène, des monstres sacrés : ça plaît ou ça insupporte car on peut n'y voir que sur-jeu hystérique, mais ce qui est sûr, c'est que ça ne laisse pas indifférent. Richard Burton a l'air d'un vrai cinglé, suant l'alcool par tous ses pores, débordant de cynisme et de désespoir... Ava Gardner, qui prend des bains de minuit avec des gars musculeux, campe une espèce de bête indomptable...  C'est un rien lourdingue, Tennessee Williams n'ayant jamais prétendu faire dans la dentelle. Mais ça tient plus que la route. Echec, alcool et petites pépées... tous les démons du prêtre décati se succèdent et s'entremêlent pour le ramener sans cesse à son destin miteux... mais le prêtre n'est pas le seul a être hanté : chacun y va de ses angoisses, trimballant son lot de casseroles, plus ou moins avouables. Moderne et résolument anticonformiste, il faut le voir pour s'imprégner de ce quasi-huis clos tropical et angoissant. Et puis ne serait-ce aussi que pour le lieu où il fut tourné, Puerto Vallarta, devenu depuis une station balnéaire réputée de la côte Pacifique du Mexique. AnecdotesLes acteurs ne se supportaient pas : toutes ces fortes personnalités ont passé le plus clair du temps du tournage à se mettre sur la figure. D'ailleurs, au début du tournage, John Huston remit à chaque acteur un flingue en or, avec 5 balles gravées du nom de chacun d'entre eux. Ava Gardner changea de son propre chef une de ses répliques : "In a pig's eye, you are !", devint ainsi "In a pig's ass, you are !", à la grande satisfaction du réalisateur et de toute l'équipe. Ces messieurs-dames furent bien gourmands : presque la moitié du budget de production du film fut consacrée aux cachets, faramineux des trois têtes d'affiche. Une petite citation, pour le plaisir (en VO, z'avez qu'à traduire) Hannah Jelkes : there are worse things than chastity, Mr. Shannon. Lawrence Shannon : yes : lunacy and death !Fiche techniqueLa nuit de l'iguane (the Night of the Iguana) 1964 Réalisation : John Huston Distribution Richard Burton : Le révérend T. Lawrence Shannon Ava Gardner : Maxine Faulk Deborah Kerr : Hannah Jelkes Sue Lyon : Charlotte Goodall James Ward : Hank Prosner Mary Boylan : Miss Peebles Skip Ward : Hank Prosner Grayson Hall : Judith Fellowes Cyril Delevanti : Nonno Gladys Hill : Mlle Dexter Durée : 116 mn
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Pan, pan, t'es mort !Tout commence au Texas en 1868. Le ranch d'Aaron Edwards est pris d'assaut par des Comanches pas très gentils. Aaron, sa femme et son fils se font occire, mais Lucy et Debbie les deux filles disparaissent. Ethan, un dur de dur, le frère d'Aaron part à leur recherche flanqué de Martin Pawler et de Brad Jorgensen. Le cas de Lucy est rapidement élucidé, puisqu'ils retrouvent son cadavre dans un canyon. Debbie, quant à elle ne sera retrouvée que bien plus tard, devenue une vraie squaw (ou presque). Pourquoi voir ou revoir ce film ?Parce qu'un petit western en technicolor, ça ne peut faire de mal à personne ! Et oui, car tous les ingrédients du western authentique y sont : cow-boys pas spécialement débonnaires, cavalerie, bastons en tout genre, indiens patibulaires avec leurs trucs en plume, femmes un rien hystériques, mais qui ne rechignent pas à la tâche...  Ethan, solidement campé par John Wayne, est un personnage ambigü, un vrai guerrier, un gars qui en a vu des vertes et des pas mûres, et qui a également trempé dans des trucs louches. Il a sûrement tué des gens pour pas grand-chose. Il est aussi misanthrope et raciste : les indiens lui sortent littéralement par les yeux. Au point d'en déshériter dans un premier temps sa nièce lorsqu'il découvre ce que les Comanches en ont fait...Et puis il connaît (temporairement ?) la rédemption en ramenant sa nièce saine et sauve, alors que son premier réflexe avait été une furieuse envie de la buter froidement (car assimilée Comanche). La vision des Indiens n'est pas flatteuse : Ford les filme comme des guerriers rusés, cruels et (quasiment) sans pitié. Bref, des brutes sanguinaires à qui il est hors de question de se fier, et dont il faut se débarrasser sans façons. Il faut tenir jusqu'au bout, ce qui n'est pas difficile, car il n'y a pas de longueur dans le film, ne serait-ce que pour voir le superbe plan de la fin avec la porte qui se referme sur John Wayne, qui tourne le dos à la caméra. Mercenaire errant, il repart, on ne sait pas trop où... Et puis franchement, ça donnerait presque envie d'aller camper au bord de l'eau à Monument Valley ! AnecdotesA l'instar de la Petite maison dans la prairie, c'est un fait réel qui inspira le scénario : une petite fille, kidnappée en 1836 au Texas par des Comanches, devint femme de chef, fut retrouvée bien des années après son enlèvement et ramenée de force dans sa famille. C'est Lana Wood, la soeur de Natalie Wood dans la vraie vie, qui incarnait Debbie Edwards jeune. Natalie Wood joua elle, la Debbie de la fin, celle qu'Ethan ramène chez les siens. Le gars qui joue le tout jeune Lieutenant Greenhill n'est autre que Patrick Wayne, le fils de John ! Une petite citation, pour le plaisir (en VO, z'avez qu'à traduire) Ethan : What you saw wasn't Lucy. Brad : But it was, I tell you! Ethan : What you saw was a buck wearin' Lucy's dress. I found Lucy back in the canyon. Wrapped her in my coat, buried her with my own hands. I thought it best to keep it from ya. Brad : Did they...? Was she...? Ethan : What do you want me to do? Draw you a picture? Spell it out? Don't ever ask me! Long as you live, don't ever ask me more. Fiche techniqueLa prisonnière du désert (The Searchers) Réalisation : John Ford 1956 Distribution John Wayne : Ethan Edwards Jeffrey Hunter : Martin Pawley Vera Miles : Laurie Jorgensen Ward Bond : le capitaine révérend Samuel Clayton Natalie Wood : Debbie Edwards John Qualen : Lars Jorgensen Olive Golden (aka Olive Carey) : Mrs. Jorgensen Harry Carey Jr : Brad Jorgensen Henry Brandon : le chef Scar Ken Curtis : Charlie McCorry Antonio Moreno : Emilio Figueroa Hank Worden : Mose Harper Lana Wood : Debbie enfant Durée : 119 mn
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Et aussi la grande évasion...Première guerre mondiale. L'avion de deux officiers français, le capitaine de Boëldieu (Pierre Fresnay), un aristo top classe et le lieutenant Maréchal (Jean Gabin), un titi parisien gouailleur et mécano dans le civil, est abattu par les hommes du commandant von Rauffenstein (Erich von Stroheim). Guerre obligeant, ils sont transférés dans un camp de prisonniers où ils font connaissance avec d'autres compagnons d'infortune, dont Rosenthal (Marcel Dalio), juif et fils de famille fortunée. Là, ils essaient de s'évader, mais leur plan échoue, puisqu'ils sont transférés dans une autre prison, précisément une forteresse, commmandée par Von Rauffenstein, qui soigne son artistocratie aussi bien que son unique géranium. Se noue une relation étrange, presque amicale entre les deux gars à particule, tandis que Maréchal et Rosenthal peaufinent, avec l'aide de Boëldieu, un plan d'évasion. Pourquoi voir ou revoir ce film ?Parce que c'est un splendide film sur la guerre : pas vraiment un film de guerre, justement, mais un film qui montre la fragilité, l'ambiguïté, l'ambivalence des rapports humains pendant la guerre.  Il y est question de fraternisation, entre classes sociales, mais aussi entre les peuples : ceci, ajouté au caractère éminemment pacifiste du film mis en avant par Renoir, fit d'ailleurs assez logiquement que le film fut ensuite interdit pendant la guerre. Parce que des Anglais y entonnent une Marseillaise d'anthologie : on le sait, aucun anglais, fût-il soldat de sa Majesté, n'est probablement capable de la chanter. Mais qu'importe, c'est émouvant, c'est tout. Parce que, à travers des petits gestes furtifs, des regards, quasi volés par la caméra, on sent l'attachement, peut-être de circonstance, qu'il y a entre ces hommes prisonniers, si différents les uns des autres, mais obligés de se serrer les coudes. Pas de manichéisme, pas d'héroïsme forcené, peu de caricature, si ce n'est un certain regard sur une artistocratie en voie d'extinction : c'est aussi ce qui fait la force de ce film, plein de paradoxes, partagé jusqu'à sa dernière image, entre noirceur et espoir. AnecdotesIl paraît que Erich von Stroheim, pourtant né en Autriche, avait du mal à parler allemand, sa langue maternelle, qu'il ne pratiquait plus depuis qu'il avait émigré aux Etats-Unis. Il paraît aussi que le scénario d'origine prévoyait une séquence finale supplémentaire : Maréchal et Rosenthal, se séparaient en se donnant rendez-vous à Paris, dans un grand restaurant pour fêter leur évasion. Le jour J, les deux chaises restaient inoccupées, sans qu'on sache le pourquoi du comment. La petite fille qui joue Lotte ne vit jamais le film : elle mourut avant que celui-ci soit sur les écrans. Une petite citation, pour le plaisirCapitaine de Boëldieu : d'un côté des enfants qui jouent aux soldats, et de l'autre, des soldats qui jouent comme des enfants !Fiche techniqueLa grande illusion (1937) Réalisation : Jean Renoir Distribution Jean Gabin : lieutenant Maréchal Marcel Dalio : lieutenant Rosenthal Pierre Fresnay : capitaine de Boëldieu Erich von Stroheim : capitaine von Rauffenstein puis commandant von Rauffenstein Dita Parlo : Elsa Julien Carette : Cartier Gaston Modot : ingénieur au cadastre Jean Dasté : instituteur Durée : 113 mn
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Gene Kelly au sommet de son art, et de son lampadaireLe train-train du succès pour Lina Lamont (Jean Hagen) et Don Lockwood (Gene Kelly), stars absolues du cinéma muet, se met à dérailler avec l'arrivée du cinéma parlant. Et oui, on est en 1927, les temps changent : il va falloir s'adapter, sous peine d'être remisés au rang des dinosaures gesticulants. Pourquoi voir ou revoir ce film ?Parce que le passage du cinéma parlant au cinéma muet est un bon prétexte pour quelques situations rigolotes : il n'y a pas d'approche scientifique ni de volonté particulière de reconsitution historique fidèle, mais clairement une intention de montrer l'ambiance qui régnait à l'époque (fin des années 20) en distillant ça et là quelques anecdotes pas piquées des hannetons (voix hideuses des acteurs-trices, problèmes de prise de son, difficultés avec les micros et les fils...). Parce que c'est LA comédie musicale par excellence : on passe ainsi sans coup férir de scènes parlées, où les répliques sont toutes des petits bijoux d'humour et d'ironie, à des numéros hallucinants en solo, en duo, en trio, voire plus si affinités... C'est la loi du genre : on cause, on chante et on danse, on recause, on rechante et on redanse... mais il n'y a aucune lourdeur dans les enchainements. Personnellement, j'ai un faible pour "Moses", pas juste pour son woopeedoodeedoodeedoo introductif, mais parce que chorégraphiquement, c'est proprement hallucinant et totalement déjanté.  Parce que Cyd Charisse y fait une apparition époustouflante : plus sexy, franchement, tu meurs, tellement qu'elle ondule lascivement et suggestivement du popotin dans sa robe verte... A noter aussi que Jean Hagen, qui joue parfaitement et non sans humour la ravissante idiote qui se fie aux ragots sur sa propre vie privée étalés dans les tabloïds, était une grande actrice de théâtre : elle fut d'ailleurs nominée pour l'Oscar du meilleur second rôle. Evidemment, Gene Kelly assure grave : précis, virevoltant et viril, il forme un duo parfait avec Donald O'Connor, plus gracile, délirant et clownesque. A deux, ils ferraillent comme des malades ! Pour un peu, on se mettrait à faire des claquettes ou à sortir son parapluie, (pourtant dieu sait si c'est emmerdant la pluie). Finalement, ce film est un genre d'anti-dépresseur, sans accoutumance nocive : on peut en user et en abuser ! AnecdotesLe scénario a été écrit après les chansons : il a donc fallu trouver une intrigue qui colle avec... Gene Kelly avait une fièvre de cheval quand il tourna la scène sous la flotte, flotte qui était d'ailleurs un mélange d'eau et de lait pour qu'on la voie mieux à l'écran, et qui fit rétrécir incroyablement son costard. Le truc rigolo c'est que dans l'intrigue, Kathy Selden doit doubler Lina Lamont, qui disons, dans le film, n'a pas la voix de son physique : en réalité, Debbie Reynolds fut elle-même doublée pour certaines chansons ("Would you" et "You are my lucky star"). Au moment du tournage, Debbie Reynolds, qui avait seulement 19 ans, vivait chez ses parents et venait bosser tous les jours en bus. Une petite citation, pour le plaisirDon Lockwood : Cosmo, call me a cab ! Cosmo Brown: OK, you're a cab. Fiche techniqueChantons sous la pluie (Singin' in the rain) 1952 Réalisation : Stanley Donen et Gene Kelly Distribution Gene Kelly : Don Lockwood Donald O'Connor : Cosmo Brown Debbie Reynolds : Kathy Selden Jean Hagen : Lina Lamont Millard Mitchell : R.F. Simpson Cyd Charisse : Dancer Douglas Fowley : Roscoe Dexter Rita Moreno : Zelda Zanders 103 mn
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T'aurais pas un pengo à me prêter ?Alfred Kralik (James Stewart), est un super vendeur en chef dans une maroquinerie florissante de Budapest, Matuschek & Co. Célibataire, il entretient une relation épistolaire avec une inconnue, dont il est tombé amoureux. Contre son avis, le patron M. Matuschek, embauche une nouvelle employée, Klara Novak. Entre Klara et Alfred, le courant ne passera pas : ils vont d'ailleurs passer le plus clair de leur temps à se chamailler, tandis que la petite vie de la boutique suit son cours pas toujours tranquille... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Parce que, comme toute brillante comédie qui se respecte, le ton y est toujours juste. Pas d'eau de rose, ni de grotesque, au contraire. Du pétillant, du subtil, du sensible, du sincère. Parce que l'interprétation est parfaite : pas seulement celle des deux personnages principaux mordants et tellement modernes, mais aussi, comme souvent dans ces géniales comédies, celle des seconds rôles qui donnent encore plus de volume au tout. Parce que l'intrigue y est merveilleusement ficelée : il y a zéro temps mort, tout s'enchaîne avec brio et pour un peu, on s'y croirait presque ! Et pourtant, les décors sont simplissimes, il n'y a pas d'effets spéciaux, ni de portes qui claquent. Quelques éclats de voix de temps en temps, quand le patron pique sa gueulante (mais il attend toujours que les clients soient sortis du magasin...).  C'est sûr, on nage en plein vaudeville et c'est bien normal, puisque le film est l'adaptation d'une pièce de théâtre : mais la romance naissante avec ses cachotteries et ses quiproquos est un prétexte, car Lubitsch excelle à dresser le portrait du petit monde virevoltant qui fait tourner la boutique. Les personnages, du coursier de base au big boss qui règne en père de famille exigeant et soupe au lait sur ses employés, sont ainsi décrits avec minutie, précision et dérision. Tout y est : les désirs d'ascension professionnelles et les frustrations qui vont avec, les rivalités et jalousies, les problèmes d'argent, les complicités... Lubitsch croque avec délectation et humanité cette petite équipe de travailleurs ! C'est un joli film sur la solitude, avec en toile de fond un contexte social pas folichon, dans un Budapest de boulevard où l'on parle anglais : et pourtant, on garde le sourire ! C'est tout ça à la fois la Lubitsch touch ! AnecdotesErnst Lubitsch, en attendant que les deux acteurs vedettes soient disponibles, tourna "Ninotchka", rien que ça ! Un remake, dont on aurait pu se passer, a été réalisé en 1998 par Nora Ephron, avec Tom Hanks et Meg Ryan : il n'arrive pas à la cheville de l'original. Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire) Alfred Kralik : there might be a lot we don't know about each other. You know, people seldom go to the trouble of scratching the surface of things to find the inner truth. Klara Novak (Miss Novak): well I really wouldn't care to scratch your surface, Mr. Kralik, because I know exactly what I'd find. Instead of a heart, a hand-bag. Instead of a soul, a suitcase. And instead of an intellect, a cigarette lighter... which doesn't work.Fiche techniqueThe Shop around the corner 1940 Réalisation : Ernst Lubitsch Distribution Margaret Sullavan : Klara Novak James Stewart : Alfred Kralik Frank Morgan : Hugo Matuschek Joseph Schildkraut : Ferencz Vadas Sara Haden : Flora Kaczek Felix Bressart : Pirovitch William Tracy : Pepi Katona Inez Courtney : Ilona Novotny Durée : 99 mn
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