Et aussi la grande évasion...Première guerre mondiale. L'avion de deux officiers français, le capitaine de Boëldieu (Pierre Fresnay), un aristo top classe et le lieutenant Maréchal (Jean Gabin), un titi parisien gouailleur et mécano dans le civil, est abattu par les hommes du commandant von Rauffenstein (Erich von Stroheim). Guerre obligeant, ils sont transférés dans un camp de prisonniers où ils font connaissance avec d'autres compagnons d'infortune, dont Rosenthal (Marcel Dalio), juif et fils de famille fortunée. Là, ils essaient de s'évader, mais leur plan échoue, puisqu'ils sont transférés dans une autre prison, précisément une forteresse, commmandée par Von Rauffenstein, qui soigne son artistocratie aussi bien que son unique géranium.
Se noue une relation étrange, presque amicale entre les deux gars à particule, tandis que Maréchal et Rosenthal peaufinent, avec l'aide de Boëldieu, un plan d'évasion.
Pourquoi voir ou revoir ce film ?Parce que c'est un splendide film sur la guerre : pas vraiment un film de guerre, justement, mais un film qui montre la fragilité, l'ambiguïté, l'ambivalence des rapports humains pendant la guerre.

Il y est question de fraternisation, entre classes sociales, mais aussi entre les peuples : ceci, ajouté au caractère éminemment pacifiste du film mis en avant par Renoir, fit d'ailleurs assez logiquement que le film fut ensuite interdit pendant la guerre.
Parce que des Anglais y entonnent une Marseillaise d'anthologie : on le sait, aucun anglais, fût-il soldat de sa Majesté, n'est probablement capable de la chanter. Mais qu'importe, c'est émouvant, c'est tout.
Parce que, à travers des petits gestes furtifs, des regards, quasi volés par la caméra, on sent l'attachement, peut-être de circonstance, qu'il y a entre ces hommes prisonniers, si différents les uns des autres, mais obligés de se serrer les coudes.
Pas de manichéisme, pas d'héroïsme forcené, peu de caricature, si ce n'est un certain regard sur une artistocratie en voie d'extinction : c'est aussi ce qui fait la force de ce film, plein de paradoxes, partagé jusqu'à sa dernière image, entre noirceur et espoir.
AnecdotesIl paraît que Erich von Stroheim, pourtant né en Autriche, avait du mal à parler allemand, sa langue maternelle, qu'il ne pratiquait plus depuis qu'il avait émigré aux Etats-Unis.
Il paraît aussi que le scénario d'origine prévoyait une séquence finale supplémentaire : Maréchal et Rosenthal, se séparaient en se donnant rendez-vous à Paris, dans un grand restaurant pour fêter leur évasion. Le jour J, les deux chaises restaient inoccupées, sans qu'on sache le pourquoi du comment.
La petite fille qui joue Lotte ne vit jamais le film : elle mourut avant que celui-ci soit sur les écrans.
Une petite citation, pour le plaisirCapitaine de Boëldieu : d'un côté des enfants qui jouent aux soldats, et de l'autre, des soldats qui jouent comme des enfants !Fiche techniqueLa grande illusion (1937)
Réalisation : Jean Renoir
Distribution
Jean Gabin : lieutenant Maréchal
Marcel Dalio : lieutenant Rosenthal
Pierre Fresnay : capitaine de Boëldieu
Erich von Stroheim : capitaine von Rauffenstein puis commandant von Rauffenstein
Dita Parlo : Elsa
Julien Carette : Cartier
Gaston Modot : ingénieur au cadastre
Jean Dasté : instituteur
Durée : 113 mn