New-York, New-Yoooooork, tatatadada, tatatadada...Isaac Davis (Woody Allen) écrit des sketches comiques pour la télévision. En vrai, il voudrait écrire un roman, mais n'y arrive pas. Gravement flippé, désabusé, il est aussi deux fois divorcé, Jill (Meryl Streep) sa dernière femme l'ayant d'ailleurs quitté pour une femme, ce qui n'arrange rien, surtout qu'elle est sur le point de publier le récit de son mariage raté avec Isaac.
Il a une petite copine de 17 ans (bientôt 18 !), Tracy (Mariel Hemingway) et quelques amis, dont Yale (Michael Murphy) mari presque fidèle pendant des lustres, mais qui vient de rencontrer Mary (Diane Keaton) avec laquelle ça semble sérieux.
Mais le hic, c'est qu'Isaac aussi, tombe amoureux de Mary...
Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour le noir et blanc, sublime, qui magnifie la Grosse Pomme, la rendant encore plus désirable et vertigineuse.
Hommage vibrant s'il en est, à la ville qui ne dort jamais, déclaration d'amour à la vie à la mort à cette ville insaisissable, multiformes, changeante, inaccessible, le film s'ouvre sur une succession de vues de New-York, un genre de kaléidoscope sans couleurs, sur fond musical et avec la voix off d'Isaac-Woody, qui jette les premières lignes de son roman. Impossible pour Isaac de dire d'une seule manière, pourquoi et à quel point cette ville lui colle tant à la peau, de la portraitiser. Il l'aime à peu près autant qu'elle lui file entre les doigts.
Impossible aussi de savoir vraiment qui est qui : on navigue entre fiction et réalité, la marotte de Woody Allen, avec d'omniprésentes références à sa vie personnelle...
Pour la photo et la lumière, magnifiques, les jeux d'ombres chinoises, les visages filmés souvent en gros plan, empreints de douceur, de gravité, parfois aussi de souffrance qui affleure derrière les sourires.

Pour le portrait au vitriol de ces cercles d'intellos new-yorkais, bavards, snobs, prétentieux, centrés sur eux-mêmes, solitaires, immatures, et fondamentalement malheureux. On nage en pleine névrose, on baigne dans la psychanalyse, on cotoie aussi une humanité en dérive affective.
Pour les dialogues subtilement drôles, dont chacun reste un bijou de cynisme et d'humour purement « allennien ».
S'il ne fallait en voir qu'un seul, ce serait celui-là, sans aucune hésitation !
AnecdotesWoody Allen sortait à l'époque avec une jeune femme, Stacey Nelkin, qui fréquentait la High School New York's Stuyvesant, et lui inspira le personnage de Tracy.
Le film a entièrement été tourné en décors naturels, extérieurs comme intérieurs. D'ailleurs, il se termine sur la vue d'une enseigne au néon, Elaine's, un des lieux de prédilection du réalisateur.
Pour élargir la perspective sur la ville, le film a été tourné en Cinémascope (format 2:35).
Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire)
Isaac Davis : I think people should mate for life, like pigeons or Catholics.
Mary Wilke : I guess I should straighten my life out, huh ? I mean, Donnie my analyst is always telling me...
Isaac Davis : you call your analyst Donnie ?
Mary Wilke : yeah, I call him Donnie.
Isaac Davis : Donnie, your analyst ? I call mine Dr.Chomsky, y'know, he hits me with a ruler.
Tracy : not everybody gets corrupted. You have to have a little faith in people.
Fiche techniqueManhattan
1979
Réalisation : Woody Allen
Distribution
Woody Allen : Isaac Davis
Diane Keaton : Mary Wilkie
Michael Murphy :Yale
Mariel Hemingway: Tracy
Meryl Streep : Jill
Anne Byrne : Emily
Karen Ludwig : Connie
Michael O'Donoghue : Dennis
Durée : 96 mn