Et un petit café, un !Alicia Huberman (Ingrid Bergman) a une hérédité sacrément chargée : son père est un espion allemand, condamné à vingt ans de prison au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Pour tout dire, les nazis, Alicia, elle s'en cogne : elle est un genre de Paris Hilton de la côte Est. Elle enchaîne les conquêtes presque aussi vite que les margharitas.
Les services secrets, par l'entremise de T.R. Devlin (Cary Grant) la contactent pour une mission au Brésil, qu'elle accepte, bien que pas spécialement patriote : là-bas, elle doit infiltrer une bande d'ex-nazis, dont le chef est Alexander Sebastian (Claude Rains)...
Pourquoi voir ou revoir ce film ?Tout a été dit, ou presque sur ce film brillamment ficelé : couple mythique, superbe photo, scénario au poil...
N'empêche, c'est vrai qu'Ingrid Bergmann a un côté fascinant, incarnant un genre de Mata-Hari en désintoxication (et aussi un peu sur le chemin de la rédemption) et ce bien qu'elle porte des chapeaux et des coiffures ridicules, il faut l'admettre.
Qu'importe, elle attire le regard et la lumière et les gros plans sur son visage sont somptueux, traduisant sa grande vulnérabilité.
Et puis Cary Grant n'est pas mal non plus, dans le genre ténébreux, espion imperturbable et toujours professionnel, un rien guindé dans son costume, mais aussi drôlement amoureux, prêt à tout pour sauver la peau de sa belle.
L'un et l'autre passent une bonne partie du film à s'attendre, à se mettre à l'épreuve, tous deux souhaitant ardemment que l'autre bouge d'un millimètre, voire laisse transparaître un peu d'émotion...
Bien sûr, il y a aussi ce trèèèèèèèèès long baiser, qu'il a fallu entrecouper de dialogues pour ne pas subir la censure et être accusé d'obscénité.
Il y a aussi d'extraordinaires et sophistiqués mouvements de caméra, qui alternent avec des plans fixes, tout simples pour faire passer les dialogues au premier plan. Hitchcock excelle dans ce genre d'exercice, on est pas maître du suspense pour rien.
Et, last but not least, n'oublions pas la galerie de portraits des méchants, une meute de gars aux gueules patibulaires ainsi qu'une belle-mère drôlement possessive et jalouse (qui fume au lit).
AnecdotesLe producteur David O. Selznick voulait Vivien Leigh pour jouer le rôle d'Alicia. Ce fut finalement Ingrid Bergman.
Claude Rains qui n'était pas très grand, joua plusieurs scènes perché sur une boîte, pour dépasser Ingrid Bergmann. D'ailleurs, il a également l'air aussi grand que Cary Grant, qui faisait à peu près 20 cm de plus que lui.
Hitchcock apparaît furtivement à la 60ème minute du film, pendant la réception chez les Sebastian.
Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire)
Alicia : why should I ?
Devlin : patriotism.
Alicia : that word gives me a pain.Fiche techniqueLes enchaînés (Notorious)
1946
Réalisation : Alfred Hitchcock
Distribution
Ingrid Bergman : Alicia Huberman
Cary Grant : T.R. Devlin
Claude Rains : Alexander Sebastian
Louis Calhern : Paul Prescott
Leopoldine Konstantin : la mère de Sebastian
Reinhold Schünzel : Dr. Anderson
Moroni Olsen : Walter Beardsley
Ivan Triesault : Eric Mathis
Durée : 101 mn