Pas de dissipation des brouillards matinaux...Jean (Jean Gabin), soldat de la Coloniale se retrouve au Havre. On comprend vite qu'il cherche à fuir, hanté par ses souvenirs de guerre au Tonkin. Il va croiser sur son chemin des gens (et un chien collant) plus ou moins recommandables...
Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour se rendre compte que ce film ne se résume pas à sa réplique culte (le fameux, "t'as de beaux yeaux, tu sais"), loin de là. On peut légitimement le trouver beaucoup trop noir et carrément désespérant. Et dès les premiers plans, dès les premiers mots échangés au compte-gouttes entre Jean, taciturne, solitaire, désabusé (mais d'une humanité si touchante) et le chauffeur du camion, on sent bien que ce film ne sera que malheur, un malheur épais, glacial et inéluctable.

Pour la brochette d'acteurs, des premiers aux seconds rôles... des gueules qu'on oublie pas, des regards perdus dans le vide : tous ont un point commun, ils attendent la mort ou vont même à sa rencontre. Aucune issue heureuse à l'horizon, semble-t-il et tout le monde s'y résigner.
Pour l'atmosphère lugubre, mélancolique mais tellement poétique : pavés mouillés, réverbères faiblards, docks déserts, paquebots mugissants, ajoutent une couche supplémentaire au malheur et à la solitude des coeurs et des âmes.
AnecdotesJean Gabin, très impressionné par Drôle de drame, qu'il avait vu au cinéma en 1937, demanda à son agent de contacter Marcel Carné, qui avait alors 29 ans et était un quasi-inconnu. Gabin demanda à Carné s'il avait un sujet à lui proposer et sans se démonter, le jeune réalisateur proposa d'adapter Quai des Brumes, roman de Mac Orlan.
Pierre Brasseur se prend une vraie paire de claques par Jean Gabin, qui lui en voulait particulièrement pour avoir critiqué Michèle Morgan sur le tournage.
Une petite citation, pour le plaisirZabel : qu'est-ce qu'ils ont tous à parler d'amour, est-ce qu'il y a quelqu'un qui m'aime, moi ?Fiche techniqueQuai des brumes
1938
Réalisation : Marcel Carné
Distribution
Jean Gabin : Jean, le déserteur
Michèle Morgan : Nelly, la jeune fille sous tutelle
Michel Simon : Zabel, le tuteur de Nelly
Pierre Brasseur : Lucien Le Gardier, chef de bande
Édouard Delmont : Panama, le patron de l'auberge
Aimos : Quart-Vittel
Robert Le Vigan : Michel Krauss, le peintre
René Génin : Docteur Mollet
Marcel Pérès : Le chauffeur du camion
Jenny Burnay : Une fille, amie de Lucien
Roger Legris : Le garçon d'hôtel
Claude Walter : "L'orphelin"
Raphaël : Bébé, le deuxième complice
Durée : 91 mn