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La grande illusion

Posté le 25 mars 2007 à 21:12 par Lydia M.
Et aussi la grande évasion...

Première guerre mondiale. L'avion de deux officiers français, le capitaine de Boëldieu (Pierre Fresnay), un aristo top classe et le lieutenant Maréchal (Jean Gabin), un titi parisien gouailleur et mécano dans le civil, est abattu par les hommes du commandant von Rauffenstein (Erich von Stroheim). Guerre obligeant, ils sont transférés dans un camp de prisonniers où ils font connaissance avec d'autres compagnons d'infortune, dont Rosenthal (Marcel Dalio), juif et fils de famille fortunée. Là, ils essaient de s'évader, mais leur plan échoue, puisqu'ils sont transférés dans une autre prison, précisément une forteresse, commmandée par Von Rauffenstein, qui soigne son artistocratie aussi bien que son unique géranium.
Se noue une relation étrange, presque amicale entre les deux gars à particule, tandis que Maréchal et Rosenthal peaufinent, avec l'aide de Boëldieu, un plan d'évasion.


Pourquoi voir ou revoir ce film ?

Parce que c'est un splendide film sur la guerre : pas vraiment un film de guerre, justement, mais un film qui montre la fragilité, l'ambiguïté, l'ambivalence des rapports humains pendant la guerre. Il y est question de fraternisation, entre classes sociales, mais aussi entre les peuples : ceci, ajouté au caractère éminemment pacifiste du film mis en avant par Renoir, fit d'ailleurs assez logiquement que le film fut ensuite interdit pendant la guerre.

Parce que des Anglais y entonnent une Marseillaise d'anthologie : on le sait, aucun anglais, fût-il soldat de sa Majesté, n'est probablement capable de la chanter. Mais qu'importe, c'est émouvant, c'est tout.

Parce que, à travers des petits gestes furtifs, des regards, quasi volés par la caméra, on sent l'attachement, peut-être de circonstance, qu'il y a entre ces hommes prisonniers, si différents les uns des autres, mais obligés de se serrer les coudes.
Pas de manichéisme, pas d'héroïsme forcené, peu de caricature, si ce n'est un certain regard sur une artistocratie en voie d'extinction : c'est aussi ce qui fait la force de ce film, plein de paradoxes, partagé jusqu'à sa dernière image, entre noirceur et espoir.


Anecdotes

Il paraît que Erich von Stroheim, pourtant né en Autriche, avait du mal à parler allemand, sa langue maternelle, qu'il ne pratiquait plus depuis qu'il avait émigré aux Etats-Unis.

Il paraît aussi que le scénario d'origine prévoyait une séquence finale supplémentaire : Maréchal et Rosenthal, se séparaient en se donnant rendez-vous à Paris, dans un grand restaurant pour fêter leur évasion. Le jour J, les deux chaises restaient inoccupées, sans qu'on sache le pourquoi du comment.

La petite fille qui joue Lotte ne vit jamais le film : elle mourut avant que celui-ci soit sur les écrans.


Une petite citation, pour le plaisir

Capitaine de Boëldieu : d'un côté des enfants qui jouent aux soldats, et de l'autre, des soldats qui jouent comme des enfants !


Fiche technique

La grande illusion (1937)
Réalisation : Jean Renoir
Distribution
Jean Gabin : lieutenant Maréchal
Marcel Dalio : lieutenant Rosenthal
Pierre Fresnay : capitaine de Boëldieu
Erich von Stroheim : capitaine von Rauffenstein puis commandant von Rauffenstein
Dita Parlo : Elsa
Julien Carette : Cartier
Gaston Modot : ingénieur au cadastre
Jean Dasté : instituteur

Durée : 113 mn


Chantons sous la pluie

Posté le 17 mars 2007 à 12:15 par Lydia M.
Gene Kelly au sommet de son art, et de son lampadaire

Le train-train du succès pour Lina Lamont (Jean Hagen) et Don Lockwood (Gene Kelly), stars absolues du cinéma muet, se met à dérailler avec l'arrivée du cinéma parlant. Et oui, on est en 1927, les temps changent : il va falloir s'adapter, sous peine d'être remisés au rang des dinosaures gesticulants.


Pourquoi voir ou revoir ce film ?

Parce que le passage du cinéma parlant au cinéma muet est un bon prétexte pour quelques situations rigolotes : il n'y a pas d'approche scientifique ni de volonté particulière de reconsitution historique fidèle, mais clairement une intention de montrer l'ambiance qui régnait à l'époque (fin des années 20) en distillant ça et là quelques anecdotes pas piquées des hannetons (voix hideuses des acteurs-trices, problèmes de prise de son, difficultés avec les micros et les fils...).

Parce que c'est LA comédie musicale par excellence : on passe ainsi sans coup férir de scènes parlées, où les répliques sont toutes des petits bijoux d'humour et d'ironie, à des numéros hallucinants en solo, en duo, en trio, voire plus si affinités...
C'est la loi du genre : on cause, on chante et on danse, on recause, on rechante et on redanse... mais il n'y a aucune lourdeur dans les enchainements.
Personnellement, j'ai un faible pour "Moses", pas juste pour son woopeedoodeedoodeedoo introductif, mais parce que chorégraphiquement, c'est proprement hallucinant et totalement déjanté.
Parce que Cyd Charisse y fait une apparition époustouflante : plus sexy, franchement, tu meurs, tellement qu'elle ondule lascivement et suggestivement du popotin dans sa robe verte... A noter aussi que Jean Hagen, qui joue parfaitement et non sans humour la ravissante idiote qui se fie aux ragots sur sa propre vie privée étalés dans les tabloïds, était une grande actrice de théâtre : elle fut d'ailleurs nominée pour l'Oscar du meilleur second rôle.
Evidemment, Gene Kelly assure grave : précis, virevoltant et viril, il forme un duo parfait avec Donald O'Connor, plus gracile, délirant et clownesque. A deux, ils ferraillent comme des malades !

Pour un peu, on se mettrait à faire des claquettes ou à sortir son parapluie, (pourtant dieu sait si c'est emmerdant la pluie).
Finalement, ce film est un genre d'anti-dépresseur, sans accoutumance nocive : on peut en user et en abuser !


Anecdotes

Le scénario a été écrit après les chansons : il a donc fallu trouver une intrigue qui colle avec...

Gene Kelly avait une fièvre de cheval quand il tourna la scène sous la flotte, flotte qui était d'ailleurs un mélange d'eau et de lait pour qu'on la voie mieux à l'écran, et qui fit rétrécir incroyablement son costard.

Le truc rigolo c'est que dans l'intrigue, Kathy Selden doit doubler Lina Lamont, qui disons, dans le film, n'a pas la voix de son physique : en réalité, Debbie Reynolds fut elle-même doublée pour certaines chansons ("Would you" et "You are my lucky star").

Au moment du tournage, Debbie Reynolds, qui avait seulement 19 ans, vivait chez ses parents et venait bosser tous les jours en bus.


Une petite citation, pour le plaisir

Don Lockwood : Cosmo, call me a cab !
Cosmo Brown: OK, you're a cab.



Fiche technique

Chantons sous la pluie (Singin' in the rain)
1952
Réalisation : Stanley Donen et Gene Kelly
Distribution
Gene Kelly : Don Lockwood
Donald O'Connor : Cosmo Brown
Debbie Reynolds : Kathy Selden
Jean Hagen : Lina Lamont
Millard Mitchell : R.F. Simpson
Cyd Charisse : Dancer
Douglas Fowley : Roscoe Dexter
Rita Moreno : Zelda Zanders

103 mn


The Shop around the corner

Posté le 09 mars 2007 à 16:30 par Lydia M.
T'aurais pas un pengo à me prêter ?

Alfred Kralik (James Stewart), est un super vendeur en chef dans une maroquinerie
florissante de Budapest, Matuschek & Co. Célibataire, il entretient une relation épistolaire avec une inconnue, dont il est tombé amoureux.
Contre son avis, le patron M. Matuschek, embauche une nouvelle employée, Klara Novak. Entre Klara et Alfred, le courant ne passera pas : ils vont d'ailleurs passer le plus clair de leur temps à se chamailler, tandis que la petite vie de la boutique suit son cours pas toujours tranquille...


Pourquoi voir ou revoir ce film ?

Parce que, comme toute brillante comédie qui se respecte, le ton y est toujours juste. Pas d'eau de rose, ni de grotesque, au contraire. Du pétillant, du subtil, du sensible, du sincère.
Parce que l'interprétation est parfaite : pas seulement celle des deux personnages principaux mordants et tellement modernes, mais aussi, comme souvent dans ces géniales comédies, celle des seconds rôles qui donnent encore plus de volume au tout.

Parce que l'intrigue y est merveilleusement ficelée : il y a zéro temps mort, tout s'enchaîne avec brio et pour un peu, on s'y croirait presque !
Et pourtant, les décors sont simplissimes, il n'y a pas d'effets spéciaux, ni de portes qui claquent. Quelques éclats de voix de temps en temps, quand le patron pique sa gueulante (mais il attend toujours que les clients soient sortis du magasin...).
C'est sûr, on nage en plein vaudeville et c'est bien normal, puisque le film est l'adaptation d'une pièce de théâtre : mais la romance naissante avec ses cachotteries et ses quiproquos est un prétexte, car Lubitsch excelle à dresser le portrait du petit monde virevoltant qui fait tourner la boutique.

Les personnages, du coursier de base au big boss qui règne en père de famille exigeant et soupe au lait sur ses employés, sont ainsi décrits avec minutie, précision et dérision. Tout y est : les désirs d'ascension professionnelles et les frustrations qui vont avec, les rivalités et jalousies, les problèmes d'argent, les complicités... Lubitsch croque avec délectation et humanité cette petite équipe de travailleurs !

C'est un joli film sur la solitude, avec en toile de fond un contexte social pas folichon, dans un Budapest de boulevard où l'on parle anglais : et pourtant, on garde le sourire !
C'est tout ça à la fois la Lubitsch touch !


Anecdotes

Ernst Lubitsch, en attendant que les deux acteurs vedettes soient disponibles, tourna "Ninotchka", rien que ça !

Un remake, dont on aurait pu se passer, a été réalisé en 1998 par Nora Ephron, avec Tom Hanks et Meg Ryan : il n'arrive pas à la cheville de l'original.


Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire)

Alfred Kralik : there might be a lot we don't know about each other. You know, people seldom go to the trouble of scratching the surface of things to find the inner truth.
Klara Novak (Miss Novak): well I really wouldn't care to scratch your surface, Mr. Kralik, because I know exactly what I'd find. Instead of a heart, a hand-bag. Instead of a soul, a suitcase. And instead of an intellect, a cigarette lighter... which doesn't work.



Fiche technique

The Shop around the corner
1940
Réalisation : Ernst Lubitsch
Distribution
Margaret Sullavan : Klara Novak
James Stewart : Alfred Kralik
Frank Morgan : Hugo Matuschek
Joseph Schildkraut : Ferencz Vadas
Sara Haden : Flora Kaczek
Felix Bressart : Pirovitch
William Tracy : Pepi Katona
Inez Courtney : Ilona Novotny

Durée : 99 mn


Autant en emporte le vent

Posté le 02 mars 2007 à 09:10 par Lydia M.
Moi aussi, je veux me confectionner une robe avec mes doubles rideaux en velours (mais pas verte)

Tout commence en 1861 au coeur de la Georgie, bastion sudiste pour le moins.
Les O'Hara sont de prospère planteurs de coton, sur leur domaine de Tara. Scarlett (Vivien Leigh) est l'une des filles O'Hara : tous les gars du coin en pincent pour elle, qui n'en a cure, puisqu'elle a jeté son dévolu sur Ashley Wilkes (Leslie Howard).
Ashley est un gars honnête et droit, pas bien courageux, sacrément pisse-froid, et surtout, il va se marier avec Melanie Hamilton (Olivia de Haviland), la cousine de Scarlett, un peu nunuche mais fondamentalement bonne fille.
Scarlett n'a qu'une idée en tête : séduire Ashley, qui voudrait bien au fond, mais qui ne peut point, car il en irait de son honneur, et ça, de l'honneur, il en a à renvendre, non mais.
Lors d'un estival pique-nique donné aux Douze Chênes, la propriété des Wilkes, surgit d'on ne sait où Rhett Butler (Clark Gable), qui traîne une réputation sulfureuse, mais qui va tomber raide amoureux de Scarlett.
Puis la guerre de Sécession éclate.
Et après, rien ne sera plus pareil...


Pourquoi voir ou revoir ce film ?

Parce que les minaudages de Vivien Leigh, castée alors que le tournage du film était déjà commencé, sont certes agaçants, mais entrés dans la légende. Elle est un rien ridicule dans ses corsets et ses robes sudistes qui ressemblent parfois à des meringues, mais elle a aussi un sacré tempérament, ce qui ne la rend d'ailleurs pas excessivement sympathique et attachante ! Tout au long du film, on se demande ce qu'elle lui trouve, à Ashley : on préfèrerait qu'elle lui lâche la grappe et qu'elle se concentre sur Rhett.
Parce que Clark Gable a beau être désuet avec ses jeux de sourcils et sa moustache, lui aussi est fascinant : cynique jusqu'au trognon, mais homme de coeur, il ne montrera jamais qu'il est fou de Scarlett.
Parce qu'il s'agit très clairement d'un film sur l'opportunisme et l'égoïsme.
Parce que la guerre de Sécession n'est pas qu'une toile de fond : elle ravage des vies, et change brutalement la face de tout ce petit monde.
Parce que finalement, c'est aussi un film sur les amours contrariées et la dévastation, la trahison, l'honneur et le mensonge.

Alors oui, c'est culcul, ça froufroute beaucoup (robes, jupons, etc), ça pleure et ça crie, c'est long (le DVD se retourne, c'est dire...) mais rien que pour apprendre les danses sudistes et pour se convaincre, si on en avait besoin, que le cheval c'est dangereux, il FAUT le voir !


Anecdotes

Avec un budget de presque 4 millions de dollars, le film reste d'un des plus chers de l'histoire du cinéma. Les recettes furent elles aussi colossales : 20 millions de dollars !

Au départ, Gary Cooper était pressenti pour le rôle de Rhett. Mais d'emblée, il détesta ce personnage et prédit que le film ferait un flop retentissant, tout ravi qu'il était que ce soit Clark Gable à qui revienne la corvée d'incarner ce minable de Rhett...

George Cukor faisait partie de l'équipe de réalisation initiale, mais il fut évincé par Clark Gable, qui ne pouvait pas le sentir. Cette éviction chagrina beaucoup Vivien Leigh et Olivia de Haviland : il resta leur coach, les aidant notamment à passer outre leur relation difficile avec Victor Fleming. Cukor avant d'être remercié tourna 33 minutes de film, dont 17 ont été conservées au montage.

Hattie McDaniel, 1ère actrice noire à obtenir un Oscar à Hollywood (celui du meilleur second rôle) ne put, à cause des lois raciales de l'époque, aller assister à la première à Atlanta. Pour ne mettre personne dans l'embarras, elle déclina poliment l'invitation (du genre, j'ai piscine...), ce qui mit Clark Gable en rage, au point qu'il faillit boycotter la cérémonie.

Clark Gable dansait comme un pied : pour faire comme si, il joua les scènes de bal juché sur une planche à roulettes.

Vivien Leigh raconta qu'elle fumait 4 paquets de cigarettes par jour pendant le tournage.


Une petite citation, pour le plaisir (en VO, zavez qu'à traduire)

Rhett Butler : a cat's a better mother than you !

Scarlett: Rhett... if you go, where shall I go, what shall I do?
Rhett Butler: Frankly, my dear, I don't give a damn !



Fiche technique

Autant en emporte le vent (Gone with the wind)
1939
Réalisation : Victor Fleming
Distribution
Vivien Leigh : Scarlett O'Hara
Clark Gable : Rhett Butler
Leslie Howard : Ashley Wilkes
Olivia de Havilland : Melanie Hamilton
Hattie McDaniel : Mammy
Thomas Mitchell : Gerald O'Hara
Barbara O'Neil : Ellen O'Hara
Evelyn Keyes : Suellen O'Hara
Ann Rutherford : Carreen O'Hara
Oscar Polk : Pork
Everett Brown : Grand Sam

Durée : 222 mn



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